Chers lecteurs

Mes amis,

Voilà un moment que je me demande comment faire progresser la diffusion de mon blog, qui stagne un peu ces derniers mois. Je trouve ça dommage parce que j’y mets tout mon coeur,  certains textes sont vraiment de qualité, d’après moi, et ils ne sont lus que par très peu de gens finalement. Si ceux d’entre vous qui me lisent régulièrement s’abonnaient, ca serait chouette ou encore faites passer le lien à vos amis, des gens qui pourraient être intérressés….

Quand je vois des blogs mignons comme tout, certes, mais sur des sujets légers voire futiles qui font 200 visiteurs par jour, je me dis qu’il y a sans doute quelque chose que je rate quelque part….

Alors voilà, merci de votre aide et bientôt pour de nouveaux commentaires!

Myriam


Je regarde une vidéo et je pleure

Je n’ai jamais passé autant de temps sur le site du Monde que ces derniers mois. Je me souviens, la première fois que je me suis mise à le lire tous les jours c’était pendant les élections de 2007. Ensuite, périodiquement. Parfois, juste le temps de sourire, encore les grèves et des problèmes de récoltes en France, décidément quel ennui. Parfois, bien plus sérieusement. Et puis, depuis février dernier, sur un lieu de travail dans lequel je me sentais inutile et vide, plusieurs heures par jour. Jamais je ne me suis autant intéressée à l’actualité, particulièrement chargée depuis cet hiver, reconnaissons-le.

Curieux phénomène que celui de l’identification avec les évènements mondiaux. Pourquoi certaines morts me frappent et d’autres pas, alors qu’elles sont toutes tragiques puisque rapportées dans les nouvelles? Pourquoi certains pays m’intéressent et d’autres non?

Pourquoi le drame de Nantes ou l’affaire  DSK me poussent-ils à m’interroger sur l’opacité du mystère humain, tandis que d’autres faits me laissent froide? Pourquoi, surtout, je m’intéresse tant au monde tout d’un coup, parfois (souvent), sur le compte de mes autres activités?

Quelques fois je m’exalte. Sur le chemin d’un entretien d’embauche, c’est important, c’est vital, pourtant tout ce qui m’intéresse c’est d’appeler mon amoureux, écoute! Il faut absolument organiser une manifestation en soutien du printemps arabe! Il faut dire notre engagement, notre élan, maintenant, tout de suite, tu m’entends? Rassemble tes amis musiciens, samedi prochain, on envahit Tel-Aviv. Cela donnera un texte sur Facebook, qui a recueilli 31 signatures à ce jour….. Passons.

Le monde est devenu petit. Je peux parler à mon amie de New-York, imaginer sa vie, rien ne me surprend, rien ne me paraît invraisemblable, et même une autre amie qui vit au Viêt-Nam, je n’y suis jamais allée évidemment, il n’y a peut-être pas de Starbucks à tous les coins de rue, -quoique- mais  mon esprit n’a pas besoin de faire de grands efforts d’imagination, il a des données stockées en magasin, sans doute quelques clichés et idées toutes faites, mais enfin, rien qui ne le surprenne vraiment.

Mais que sais-je dans le fond de ces lieux, de ces gens dont on me parle? Que sais-je de la place Tahir? Que sais-je du conflit israélo-palestinien? Je suis allée à Ramallah, j’ai passé un check-point et souffert de cette réalité si triste, oppressante. J’ai vu les visages dignes, aimables, courtois des Palestiniens. Suis-je pour autant plus avancée sur le processus de paix?

Mon coeur aime les sensations fortes, les bains de foule, l’ivresse des manifestations. Ah, que l’on se sent vivant! Mais que signifient vraiment les valeurs que je voudrais défendre? Que siginifient-elles  pour moi?

Je regarde cette vidéo de la répression syrienne. Je ne comprends pas les mots qui se disent, mais l’accent de panique, les clameurs qui montent de la foule me font venir les larmes aux yeux. Que signifie pleurer devant de telles images de violence, les balles qui éclatent de toutes parts, et de mon autre main, chercher la télécommande de la clim, parce que Dieu qu’il fait chaud? Ici, à Tel-Aviv, je m’indigne d’un sort éloigné du mien. Ce sont mes frères, ce sont des êtres humains, et pourtant tout nous sépare, et pourtant ce seront peut-être mes ennemis lors d’une prochaine guerre, et pourtant mon lien à eux n’est que virtuel. Cela me rappelle une anecdote de mon père: lors de la Guerre de Kippour, il était seul sur une route déserte, pas un chien à l’horizon, il cherchait à faire du stop, et la première voiture qui passait s’est arrêtée” parce que la mort planait au-dessus de nous tous “. Je n’ai pas besoin d’aller chercher aussi loin qu’un pays ennemi, en bas dans la rue, mon voisin, un piéton, s’approche pour me demander quelque chose et mon esprit passe immédiatement en revue les chances d’être attaquée, piégée, volée. Je ne sais rien de mon prochain, parfois, dans l’obscurité, j’ai peur de mon compagnon endormi, ou alors de plein jour, il dit une telle connerie que je pourrais l’embrocher là, avec ma fourchette, qu’à côté la mort de Ben Laden c’est un dessin animé. Si lointains et si proches, tout le temps.

Avant, le temps et l’espace définissaient les communautés, l’on défendait son quant-à-soi, sa famille, sa rue, son village, au pire son comté, son pays- et pour certains régions du monde, cette dernière notion n’est apparue qu’il y a très peu de temps.

Maintenant, Skype, Facebook, l’actualité en continu, partout, dans ma poche, tout le temps, je ne sais plus où va ma solidarité, est-ce que dans le fond ranger la chambre, faire le lit, et préparer le prochain repas n’est pas plus important que de passer deux heures à lire des articles sur le printemps arabe? En tenant compte de ma capacité à influer sur la première ou la seconde proposition, la réponse est évidente.

Je ne sais pas à quoi cela me sert de m’informer autant, si ce n’est ajouter encore un peu de brouhaha à mon esprit déjà si encombré.

Que veut dire mener une vie juste, défendre des valeurs auxquelles l’on croit? Verser des larmes pour l’opposition syrienne a-t-il une quelconque influence sur les évènements, une quelconque valeur effective? Puis-je pleurer puis simplement continuer à vivre?

Grands mots, grands textes, grands principes.

Dénoncer, dire, filmer, raconter.

Et ensuite, quoi?

Drôle de monde postmoderne. De l’engagement politique, la génération précédente a fait le tour, ou du moins démontré les failles. De la religion, du côté laïque, l’on attend plus rien. Y a-t-il encore quelque chose auquel on peut vouer sa vie? Cette idée elle-même a-t-elle encore un sens?

J’ai passé une journée avec ma grand-mère cette semaine. Elle m’a demandé ce qu’était Facebook, je l’ai filmée, on a bavardé, j’ai dessiné et j’avais de la couleur partout sur les mains et dans les cheveux. Rien dans la végétation éclatante ou la petite maisonnée ne contient de réponse à tout cela, mais une chose est sûre, cet endroit m’ancre au sol.


Alternatif

Mai a longtemps été synonyme de legerté pour moi. C’était l’arrivée des longs week-ends et des robes d’été, Paris a toujours un air de fête quand il fait beau, comme si la ville elle-même n’en revenait pas de se découvrir à nouveau si riante après les longs mois de grisaille. A l’école aussi, plus rien ne semblait aussi définitif à partir de mai, on avancait à grandes enjambées vers les vacances, quelque chose s’emblait se relâcher, tout s’assouplissait, on allait de kermesses en batailles d’eau.

A Tel-Aviv aussi bien sûr, on a découvert les terrasses, les robes se sont raccourcies et les touristes en maillot de bain ont commencé à envahir la ville. Cependant le mois est loin d’être insouciant. C’est en effet celui où, à une semaine d’intervalle, l’on commémore les victimes de la Shoah, puis les soldats tombés de Tsahal et les victimes du terrorisme et enfin, au terme de ce cycle de morts, l’Indépendance d’Israël. L’année dernière déjà, ces journées m’avaient fortement interpellées. Un an plus tard, mes questions demeurent.

Tout d’abord, il y a les minutes de silence. Une fois pour la journée de la Shoah, deux pour la mémoire des soldats, de puissantes sirènes gèlent le pays pendant deux minutes. Partout où ils sont, les gens s’immobilisent. Ce moment surnaturel me fait d’abord songer que la sirène serait la même si l’on voulait avertir la population de l’imminence d’une attaque militaire. Et je me sens mal à l’aise de constater à nouveau les liens étroits tissés par l’Etat entre la mémoire et la politique. Une même réthorique de la peur, aujourd’hui ce son rappelle les morts passées, demain il annoncera la mort prochaine….Ensuite, il y a toute la question du comportement autour de ces minutes de silence. Moi qui ait grandi ailleurs, les seules associations à ma disposition sont des images audiovisuelles de cérémonies à l’américaine, avec les uniformes, la dignité et l’hymne en fond. Je me demande donc s’il faut s’habiller, sortir dans la rue, en faire une histoire. Mon amoureux ricane, on voit bien que tu n’as pas l’habitude. Mais par contre, il me raconte une anecdote qui me frappe: quand on était petits à l’école, on nous disait de regarder par terre pour éviter de rire, et depuis regarde bien, tous les Israéliens fixent le sol au moment venu. Et je songe à toutes ces têtes enfantines dans lesquelles on imprime d’abord la gestuelle du deuil national, pour ensuite en fixer l’idée. Quelle est la bonne conduite à tenir? Comment transmettre le souvenir du passé sans le muer en idéologie? Comment commémorer les victimes sans entraîner la haine de l’ennemi?

Les drapeaux sont partout, sur les voitures, dans la main d’une petite fille qui de l’autre agrippe sa mère, sur les façades des buildings. Un énorme drapeau recouvrant le siège d’une banque me fait sourire, avaient-ils vraiment cela en tête les pionniers sionistes  et imprégnés de socialisme? Est-là le pays qui depuis sa création jusqu’en 77 est resté résolument à gauche? Je songe alors combien Israël est semblable aux Etats-Unis. Comme eux, cela a été une terre d’espoir pour des millions d’immigrés venus chercher une meilleure fortune. Comme eux, c’est un creuset ethnique, une juxtaposition bricolée de dizaines de communautés, et comme chez eux, elles luttent pour  le pouvoir.  Comme eux, Israël a fait preuve d’un dynamisme à tout épreuve, d’une résistance farouche. Comme chez eux, l’amour de la patrie et la fierté nationale sont enseignées dés l’enfance. Comme eux enfin, Israël s’est établi en luttant contre un autre peuple.

Je me demande aussi pourquoi est-ce si difficile pour moi de me couler dans la pensée ambiante. Après tout, j’ai le bon passeport, je pourrais si facilement décider d’aimer mon pays envers et contre tout, de me ranger derrière ma mère patrie, de décider dans un conflit sans issue de me protéger d’abord moi et les miens. Ce serait plus facile et ce serait plus confortable aussi, je me ferais engueuler moins souvent, je me sentirais plus conforme. Je m’interroge sur la part de ma psychologie personnelle dans mon opinion politique, de l’habitude prise de l’enfant culpabilisée de retourner toute colère contre soi, de se sentir d’abord, soi, responsable de la souffrance de l’autre.

Questions réveillées lors de la cérémonies alternative pour la mémoire de la Shoah. C’est à un théâtre d’avant garde au sud de Tel-Aviv. Très intelligement menée, la soirée fait intervenir une petite dizaine d’interlocuteurs, personnalités politiques ou intellectuelles, représentant divers courants de la vie publique. Vers la fin, un colon martèle: l’assimilation ne réussira pas! La Shoah c’est l’échec, la destruction de l’assimilation! Quittez ce rêve! Les Juifs ne peuvent vivre qu’à part des autres peuples, entre eux! Réjouissez vous d’avoir une patrie et protégez-là envers et contre tout, c’est tout ce que vous avez. Débat ensuite à la sortie entre gauchos pour savoir s’il faut oui ou non laisser s’exprimer ce genre d’opinions. Il parlait bien, et ces questions ont résonné dans mes entrailles. La peur, soudain, et s’il disait vrai? Et si les Juifs étaient à jamais un peuple à part, persécuté et détesté? Mon esprit se révolte à cette idée, mais comment savoir? Comment être sûrs que l’Holocauste ne se reproduira pas? Comment ne pas rester éternellement sur ses gardes?

Le poids de ces morts, la pensée de l’impensable. Un des intervenants à la langue acérée a ironisé sur le nombre de victimes: six millions tout rond, vraiment? Pas un de plus ni de moins? J’aurais bien voulu le rencontrer, le six millionième! Il a raison, on a tout institutionnalisé à fond, les chiffres et les discours, partout  dans les journaux, sur Facebook, aujourd’hui nous commémorons six millions de morts, merci de copier ce statut…. l’horreur. Mais la difficulté aussi de saisir le paradoxe violent entre l’énormité de cette catastrophe impensable et la force de la vie quotidienne. Le lendemain, je remonte la ville pour aller travailler et je suis surprise de constater que tout est resté à sa place. Six millions de morts et la mer est toujours à ma gauche, six millions de morts et la rue Allenby est toujours aussi encombrée, six millions de morts et il fait beau, le soleil brille effrontément, non tu n’as pas compris, soleil, aujourd’hui d’accord nous sommes des Israéliens beaux, sexy et bronzés, mais là-bas il y a soixante ans, nous étions de pauvres Polonais, Russes ou Allemands, nous étions habillés avec ces horribles vêtements de l’époque, il faisait gris et moche, et nous nous sommes” laissés mener à l’abattoir comme des bêtes”, alors soleil si tu pouvais faire un effort et ne pas briller aussi gaîment, parce que tu vois ce n’est pas franchement l’idée de cette journée…. Comment, mais comment faire pour y comprendre quelque chose à tout cela?

Deuxième cérémonie alternative, hier soir. Cette fois-ci au port de Tel-Aviv, dans une salle de concerts. Là-bas, sur la place Rabin, en face de la mairie, c’est la cérémonie officielle. Il faut venir tôt, me dit ma coloc, et avec des mouchoirs car on pleure. La Shoah c’était là-bas en Europe, on a mis beaucoup de temps à en parler en Israël, il fallu des dizaines d’années pour que l’on veuille bien sonder ces plaies, mais la mémoire des soldats de Tsahal et des victimes du terrorisme, c’est quelque chose de beaucoup plus proche et d’immédiat, ce sont des victimes récentes, c’est, du propre aveu des Israéliens, plus facile à honorer, peut-être parce que  l’inconscient collectif se sent plus à l’aise avec l’imago militaire, l’héroïsme des champs de bataille et d’un pays en guerre qu’avec celui d’un génocide subi.

J’ai hésité à aller à la place Rabin. Peut-être dois-je d’abord connaître la cérémonie officielle avant d’aller à l’alternative? Mais c’est au port que je me retrouve. Nous grignotons de la junk food sur un banc à l’écart, un peu honteux, a-t-on le droit d’avoir faim un soir comme celui-là? Ensuite, dans la queue, la sirène qui se fait entendre, les bras de mon amoureux qui me lâchent, les yeux qui descendent à terre, l’immobilité pendant deux minutes. Quand c’est fini, je remarque un joggeur, baladeur aux oreilles. A-t-il entendu? S’est-il arrêté en sautillant comme tous les coureurs aux feux rouges? D’ailleurs ce matin, pour la deuxième sirène, j’avais oublié, je discutais au téléphone, ah merde, attends papa, je te rappelle…

La cérémonie alternative était organisée par une association israélo-palestinienne, Combatants for Peace, qui agit pour que des deux côtés on laisse tomber les armes et l’on discute à partir de ce que l’on a en commun. Et, en grande partie, ce qui est commun c’est la douleur, les familles décimées, la perte, le chagrin. Des témoignages filmés de Palestiniens (beaucoup n’ont pas obtenu l’autorisation d’entrer en Israël un soir comme celui-ci) racontant comment ils ont cheminé depuis la révolte et la haine jusqu’au désir de réconciliation. Un parent de la famille Fogel, assassinée dans des conditions atroces il y a deux mois, venu parler de son expérience de deuil et des questions que soulèvent en lui les choix de son frère et de sa belle-soeur, colons.

Une toute jeune femme, je suis née en 1989 dit-elle en préambule, qui m’émeut profondément en racontant dans un hébreu châtié et mâtiné d’accent, comment en tant qu’Arabe à la nationalité israélienne, sa famille a vécu un drame au paradoxe saisissant: deux de ses frères sont tombés en tant que soldats de Tsahal. Elle raconte l’incompréhension et la colère, le déchirement. Mais conclue-t-elle, j’aime la vie, je la préfère à la lutte. Tant d’autres moments, et une chanson qui me reste à la fin : ” Sur le lieu où nous avons raison ne poussent pas de fleurs, c’est un lieu dur et sec comme le gravier….”.

Dans le public, je vois des gens de tous les âges, ca n’a soudain plus du tout l’air d’être une avant-garde pointue, mais des hommes et des femmes de tous bords, Palestiniens et Israéliens confondus. Je sens comme un baume au coeur, je suis heureuse de trouver ma place auprès de gens qui pensent comme moi. Je suis fière de mon amoureux et de ses amis aussi qui n’ont pas grandi comme moi, à l’écart de l’idéologie belliqueuse, mais au contraire en plein dedans, et qui ont le courage de questionner ce qu’on leur a appris à l’école, à la maison et dans la rue.

Immédiatement après cette journée débutent les festivités de Yom Hazmaout, le Jour d’Indépendance. On passe du deuil à la joie, et l’on n’a pas manqué de souligner hier soir l’ambivalence de ce lien étroit renforçant la glorification de l’Etat. Je suis d’accord avec cette critique, mais je me suis quand même dit, assise sur ma chaise, que grâce à ce que j’ai entendu ici, j’irai le coeur plus léger, boire quelque verres sur un toit tel-avivien et fêter la naissance de mon pays natal, ce pays que j’aime et qui me tourmente.


Passive

Le couple est un formidable lieu d’observation de soi.

En particulier, le mythe du Prince Charmant est un miroir du dernier redoutable.

Toutes féministes, toutes éduquées, et pourtant….Je constate que je vis ma vie passivement. J’attends qu’elle se fasse, je la contemple de l’extérieur, je suis une excellente spectatrice, je la dissèque, je la commente, j’ai bien écouté en classe de littérature.

Quand est-ce que je suis sujet? Quand est-ce que je choisis? Quand est-ce que je me formule à moi-même ce dont j’ai envie, ce dont j’ai besoin?

Pas très souvent,  malheureusement. Et c’est alors que cela survient: j’en veux à l’autre de ne pas combler tous mes désirs. Parce que je ne prends pas la charge des miens, parce que je ne m’en porte pas responsable.

Je veux être complétée, devinée. Je ne “veux” même pas puisqu’il ne s’agit pas d’une action consciente: je m’y attends vaguement. Je suis très prompte à distinguer le manque, je saute dessus même, je suis très bonne pour expliquer, tu vois quand tu dis ça comme ça, ça me fait ça, donc si tu pouvais dire ça comme çi, ca me ferait çi, c’est bien ce que tu veux, que ça me fasse çi, n’est-ce pas mon chéri? La responsabilité  est ailleurs, en dehors de moi, forcément.

Et parfois je tombe sur un os, énorme: il n’est pas comme CA! Il lui manque un qualité qui, vraiment, on se demande à quoi ses parents pensaient quand ils l’ont fait, ils auraient pu faire attention sincèrement, quel ratage!  Pauvre de moi, je ne saurais y survivre, je ferais mieux sans doute de m’en aller tout de suite, partir, fuir ce brouillon, cet avorton de relation, protéger mon petit coeur, surtout qu’ il ne s’attache pas à la mauvaise personne, la bonne attend forcément quelque part, tout plutôt que ça, une faille dans mon joli rêve, dans mon illusion qu’il existe, celui-là, celui qui réunit tous mes désirs, la réponse à toutes mes prières, le super-paquet, le jackpot, le don de Dieu.

Tout plutôt que de baisser la garde. De m’engager activement à la poursuite de mon désir. J’ai peur du couple, certes. L’enfance compliquée, been there, done that,  les trois quarts de la planète have done that. Et alors? Combien de temps peut-on s’accrocher à cette excuse pour rester en dehors de l’arène? Pour ne pas se lancer?

Vouloir aimer, moi? Oui, bien sûr que je veux de l’amour, et de la joie dans ma vie, et des enfants, et une famille un jour. Mais attention, je n’ai pas encore trouvé le bon! Comment ça se fait, eh bien, je ne sais pas, c’est une question de chance, non? Voilà, j’attends que la chance frappe à ma porte. Sinon, à part ça, je suis une jeune femme dynamique et volontaire, oui, oui.

La vérité, c’est que je ne sais pas m’y prendre, que j’ignore comment on fait. Et qu’apprendre signifie sortir de ma passivité. Savoir ce que je veux. Le dire, le formuler. Et être la première à l’obtenir.

Pourquoi, si je désire plus de rire dans ma vie, doit-il être  forcément, lui, drôle à en pleurer? Et si je me mettais à trouver la vie plus drôle toute seule? Après tout, ce n’est pas que je ne sais pas faire, la preuve, vous souriez, là, non? Mais c’est juste que si j’osais occuper la scène pour de bon, si j’allais jusqu’au bout de mes envies de monter sur scène, de chanter, de faire la folle, de danser, d’être le centre de l’attention, eh bien, il faudrait assumer que ça puisse déplaire à certains, que ça fasse éventuellement de l’ombre à d’autres, il faudrait assumer de se planter, parfois, souvent, il faudrait assumer de prendre des risques, et ça, voyez-vous…. ouh la la, non, il vaut mieux que mon amoureux soit une star à ma place, un dieu, il est sur scène lui, il se lâche, et je l’en tuerais de jalousie; mais au lieu de cela je m’immisce en coulisses, je tente de faire partie, c’est un peu frustrant mais c’est mieux que rien, après tout n’est-ce pas ainsi que l’on appris aux femmes ambitieuses de tirer satisfaction depuis des siècles? De côté, en s’accouplant avec des hommes puissants…

Alors, c’est ce que je fais. Je rêve à l’homme parfait, celui qui comblera tous mes rêves sans que je me mouille le petit doigt, c’est pratique d’avancer masquée, et c’est quand même plus facile d’avoir quelqu’un pour se tromper à ma place. D’ailleurs, il saura corriger ses erreurs immédiatement, ce cher amour, puisque je serai là pour les lui faire remarquer! Oh, il n’a pas à s’inquiéter, je surveille  sa perfection nuit et jour….

C’est tellement confortable de rêver.  Pure satisfaction, rien n’y va jamais de travers, me voilà reine de l’univers, reine des circonstances! Rien n’arrête mon imagination, elle file à toute allure, elle a réponse à tout, elle franchit tous les obstacles, et puis je ferai ça, et puis mon film figurera à tel festival, et puis telle chaîne l’achètera, ah, mais attendez celle-là me gêne dans mon plan, tant pis on va dire qu’elle meure d’un cancer foudroyant; et donc notre mariage, il aura lieu au lever du soleil, évidemment, dans mes rêves je ne fais jamais rien comme tous le monde…

Quand est-ce que ça s’arrête? Quand est-ce que j’arrête de me cacher?

Quand  est-ce que je vais dans le monde pour de vrai?

Il y a moi, il y a mes envies, et il y a l’univers. Qui ne réagit presque jamais, cet impertinent, comme je le voudrais. Admettons-le, la compétition est rude avec l’imaginaire qui lui, ne souffre d’aucun délai, d’aucune contrariété. Mais ma satisfaction reste, elle aussi, imaginaire.

Je peux essayer de faire entrer de force l’imaginaire dans le réel. Je peux m’ingénier à chercher un Prince Charmant qui n’existe pas. Je peux continuer à chercher la perle rare, comme d’attendre la bonne occasion, le bon moment, pour me lancer. Je peux rester passive toute ma vie. Sauf que chaque année cela devient un peu plus visible, chaque jour je deviens un peu plus amère et dure à satisfaire.

Pour finir, sans doute est-ce là une raison supplémentaire de redouter l’amour pour tant d’entre nous: toute seule, je peux me cacher un peu plus longtemps tout ce que je ne veux pas voir; à deux, je vois tout, tout le temps. Affreux.

Mais lorsque je me décide enfin à l’accepter, je m’aperçois que je grandis…. à l’infini.


Le Portail

Le portail a claqué et je n’arrive plus à l’ouvrir. Il est vert foncé, comme souvent les clôtures en France, il y a un aimant aussi pour que les enfants ne puissent pas ouvrir, c’est normal, j’ai quatre ans, je suis au jardin d’enfants – je me suis toujours demandée pourquoi on appelait ça comme ça, un jardin d’enfants, est-ce que ça veut dire que je suis une plante? Ou alors, une graine, c’est peut-être mieux comme métaphore, une graine, oui, ne désolons pas les adultes en leur dévoilant toute la tristesse et le cynisme dans la tête d’une enfant, une graine, c’est positif, c’est politiquement correct, alors, voilà une graine. Le portail a claqué et je n’arrive plus à l’ouvrir, il a claqué parce que tu es en colère, à cause de quoi je ne sais pas, en fait je n’ai pas besoin de savoir avec toi, il y a toujours une bonne raison, quelque chose dans le ciel, dans la disposition de cette lumière-là, de cette chaise, ce n’est pas comme tu voulais, cela te heurte de plein fouet, c’est une offense personnelle, quelqu’un qui ne t’aime pas en à décidé ainsi juste pour te peiner, et il y en a tant des choses comme ça, oh ça ne s’arrête jamais, Papa et moi, on a le don d’accumuler, on fait exprès visiblement, contre toi, c’est écrit là sur mon affront que je t’ai fait cet affront, j’ai l’habitude de me sentir coupable, je le vois bien dans ton regard que tu ne comprends pas pourquoi je ne fais  pas exactement ce que tu avais imaginé, c’est pourtant clair, non?! Qu’est-ce qu’il y a donc à comprendre? Le portail a claqué, donc, et je n’arrive pas à l’ouvrir. Tu es partie, tu es fâchée, j’ai l’habitude et pourtant je panique, est-ce le noir, est-ce le soir, j’ai peur dans mon petit corps, j’en tremble de partout, persuadée, petite idiote que cette fois tu es fâchée pour de bon, cette fois tu ne reviendras pas, ni sur tes pas, ni sur ta décision, tu en as marre, tu en as fini avec moi, tu me laisses un point c’est tout. Le portail a claqué, je n’arrive plus à l’ouvrir, je ne sais pas, je pensais que ça durait plus longtemps, mais je ne sais pas dans le fond, peut-être que la co-habitation des enfants et des parents, cela ne dure que quatre ans? Remarquez, j’ai deux jambes, j’ai deux bras, un joli sourire, je me débrouillerai, je sais même parler le français, voilà, je suis une championne, plus besoin de rien, je devrais m’en retourner tiens, à quoi ça me sert de pleurer devant ces barreaux? Et si j’allais voir ce qu’il y a de l’autre côté de la maternelle, là où j’aime bien, là où la dame brésilienne m’a donné un jour des étiquettes jaunes, parce que j’ai dit que c’était ma couleur préférée et je me suis vue recevoir un petit bout de page avec plein de soleils dessus. Le portail a claqué, je n’arrive plus à l’ouvrir, mais peut-être que c’est la chance d’une vie, de ma vie, est-ce que je peux le savoir du haut de mes quatre ans? Je pleurerai longtemps après, l’angoisse s’est imprimée durablement en moi, comme quand on met une fleur dans un presse-papier pour qu’elle sèche, je me suis laissée un peu faire, c’est sûr, j’ai failli devenir une fleur séchée, un truc en deux dimensions qu’on colle sur un coin du mur près du bureau pour faire joli, j’ai failli être changée en statut de sel, petite, la statut, miniature, mais c’est ma chance finalement que le portail ait claqué et que je n’aie plus réussi à ouvrir, c’est ma chance parce que tout en pleurant, je me suis demandée si j’en voulais vraiment de cette vie à toujours craindre de te décevoir et de réussir dans ce majestueux projet à chaque fois avec la régularité d’une horloge suisse, c’est un peu étriqué finalement ce perpétuel choix entre maussade et morose, alors oui, dans la vraie vie, je suis restée derrière le portail à pleurer jusqu’à ce que tu reviennes m’ouvrir en grommelant que si je criais comme ça à chaque fois, quand il m’arriverait vraiment quelque chose il n’y aurait plus personne pour m’aider, dans cette vie, c’est ce qui est arrivé, mais dans ma vie à moi, ma vie imaginaire bien plus réelle que la vraie vie, je suis retournée en arrière, je suis partie gambader dans le jardin de la maternelle, souriant à tous les petits soleils jaunes que j’avais rassemblé, délivrée d’un poids, heureuse. Le danger, c’est bien sûr d’y rester toute seule dans ce jardin, je l’ai dit c’était le noir, c’était le soir, les copains sont rentrés chez eux, mais maintenant je m’en fiche, maintenant je suis grande et le portail m’arrive à peine aux hanches, je l’ouvre comme je veux, d’une seule main, négligemment. Je l’ouvre comme je veux ce portail qui a claqué et que je n’arrivais plus à ouvrir, je l’ouvre et je suis bien contente d’avoir fait tomber toutes ces barrières imaginaires.

 


Monologue pour une enfant

Petite fille,  six ou sept ans

C’est un truc monstrueux, un liquide purulent, comme dans les films de série B, verdâtre et enfumé, ca vous prend à la gorge, ca courre sur le sol, la seule éventualité est de fuir, fuir à toutes jambes jusqu’au lieu où il n’y a  plus que le mur, et alors je me blottis, les bras autour de genoux, les orteils relevés pour ne pas que ca touche. Parce que ça peut tomber comme la foudre, on est changé en statut de sel immédiatement, la terreur, la terreur d’être touchée par ce malheur galopant. Alors, je ne bouge plus,  je fais le moins de bruit possible, peut-être que ce machin, ça a la vue floue comme les dinosaures,  si on ne fait aucun mouvement, il nous voit pas?

La grande maison et la tristesse dedans. Tristesse d’incompréhension. Qu’est-ce-donc que ce monde-là où l’on m’a envoyé? On a du se tromper, je vais demander mon rapatriement, il fallait me dire, prévenir, je n’aurais pas choisie de naître si j’avais su!

Et puis justement, on ne cesse de me répèter que c’est moi qui ai choisi mes parents, ca aussi ca a le don de m’agacer, si j’ai choisi cet endroit-là, soit je suis beaucoup plus bête  que ce qu’on me dit, soit il y a quelque chose que je n’ai pas encore compris. Est-ce que je suis censée faire quelque chose pour tout ce malheur? Je les aime bien, ces gens qui souffrent tant, ils sont bien enfermés dis-donc, on dirait que quelqu’un les a enchaînés.  Ca m’embête de les voir souffrir ainsi, d’ailleurs si je réfléchis bien, c’est sans doute de ma faute, après tout c’est moi qui les ai réunis ensemble, c’est très clair, n’est-ce pas ce qu’ils essayent de me dire? Qu’est-ce que ca voudrait dire autrement cette phrase: “C’est toi qui nous a choisi”. Et vous, vous ne m’avez pas choisie?

Vu la gueule que vous faites, c’est loin d’être évident. Je n’y comprends pas grand chose à cette histoire, j’ai beau réfléchir de toutes mes forces, j’ai beau pousser sur mes neurones pour qu’ils fassent mieux leur travail, je ne comprends pas.

Peut-être que je née avec un défaut de fabrication? Si ca se trouve, c’est eux qui vont me renvoyer, ca leur fera des vacances, ils pourraient souffler un, lâcher leurs rôles de parents, parce que très visiblement, ils ont mal appris leur texte, c’est joué très approximativament, tout ça. Comme ils disent dans les cours de théâtre: “l’intention n’y est pas”.  Va falloir revoir votre motivation, les gars. On moins, quand on adopte, les parents, ils passent des tests et tout. Des auditions, quoi.

En attendant, je me sens coupable. Je ne sais pas qui a inventé ce mot, c’est fabriqué pour les grands, mais moi je suis la seule petite-fille ici, alors, pas le choix hein, à Rome, fais comme les Romains, ben moi je fais comme les adultes, parce que les autres enfants, je les vois qu’à temps partiel, de 8H30 à 16H, ils se foulent pas, de vrais fonctionnaires. Donc, bon, le groupe de référence c’est les adultes, avec leurs mots compliqués et leurs états d’âme. Alors, oui, coupable, si ca veut dire n’avoir pas le droit de laisser sa maman parce qu’elle est triste, ben on y est. Pourquoi elle est triste?  Mystère; enfin, non, pas  complètement mystère, c’est bien là le problème, d’ailleurs, j’aimerais bien, moi, en savoir moins. Je pourrais jouer les idiotes du coup: ah bon, t’es triste? Ben, faut pas, viens jouer.

Mais le truc, c’est que je sais. Je sais pas comment vous expliquer, quand elle s’approche, y a des fois où je  la laisse faire, j’aime bien, même, c’est agréable un câlin. Bon, eh bien, dans ces moments-là, ses pensées vont à l’intérieur de moi. Comme ça, comme de l’air, ca se voit pas, on peut se laisser avoir au début si on sait pas, mais moi je sais parce que tous ces mots d’adultes ce n’est certainement pas moi qui les ai inventés. Alors, voilà, d’un coup elles sont là, je sais exactement ce qu’elle pense, et je peux vous dire, c’est pas gai. Hou! Je comprends pas tout, mais je vois des images. Des fois, elle me raconte un truc, et je vois des flashs, je vois ce qu’elle me raconte avant qu’elle ne le dise, comme là fois où j’ai voulu écrire “EAU” et j’ai su toute seule que c’était e-a-u. Comment tu sais me demande Maman, aucune idée, je sais.

C’est pareil pour le reste, comment je sais, aucune idée, mais c’est bien là, et ca vous plombe une petite-fille, je peux vous le dire.

Alors, du coup je la regarde et je me dis: bon, le seul moyen qu’on s’en sorte, toutes les deux, c’est qu’elle aille mieux. Autrement je vois pas, ca pourrait être son problème, mais c’est le mien aussi, puisque je sais ce qu’elle pense, enfin, c’est pas vraiment ça, ce sont ses pensées qui sont en moi.

Mais comment fait-on ça? Et bien, c’est justement ce que je ne sais pas. C’est là que je me casse la tête. Faut pas la laisser, ça c’est évident, des fois qu’elle disparaîtrait, je lui fais pas beaucoup confiance à celle-là. Elle a des mouvements d’humeur comme ça, on sait pas d’où ça vient, on sait pas d’où ca repart, ce qui est sûr c’est que c’est imprévisible. Et y a des fois, j’en meure d’envie! Partir, m’en aller, faire un petit tour, des fois je tombe des nues, je vois des gens qui se marrent, des familles entières, c’est d’un bizarre!

Et j’irai bien voir comment ca se passe là-bas, réfléchir à une procédure d’adoption, peut-être que si je suis hyper sympa, je pourrais rester?

Tout de suite, ca se tord, là, dans mon ventre, dans cet espace qui n’est occupé que par elle: comment j’ai osé? Comment j’ai osé vouloir la laisser? Comment j’ai pu faire ça, alors que c’est évident, on est reliées par un pacte toutes les deux, je ne vois pas comment expliquer les flux de pensées autrement. Les pensées ont compris qu’elle et moi, c’était un peu la même chose, elles prennent pas la peine d’envoyer du courrier à deux adresses différentes, tôt ou tard, on ne fera plus qu’un, alors pourquoi se fouler.

Pfff, une vraie misère cette histoire. Ca vous prend et puis ca vous lâche plus. Bon, l’espoir c’est que quand je serai grande, je saurai ce qu’il faut faire; mais remarquez, j’en suis pas si sûre, parce que mon père que je sache, il est grand, et il n’a pas franchement l’air de savoir à quoi s’en tenir. Peut-être aussi que quand je serai grande, il y aura  plus de  place dans mon corps, puisqu’il aura grandi lui aussi, il y aura toujours elle et moi bien sûr, mais on sera moins serrées.

N’empêche, je voudrais bien qu’on m’explique pourquoi ce truc-là, ca ne marche que pour le malheur. Je veux dire, bizarrement, quand elle mange une glace, moi j’suis pas au courant, le goût ne se partage pas. Les choses sympas, non. Par contre les pensées tristes, alors là oui. Faudrait au moins qu’on soit équitable dans la générosité.

Donc voilà, je suis une petite fille avec un problème d’adulte.

Et j’échangerai bien mon intelligence précoce contre un peu d’insouciance, enfin rigoler un peu quoi, grimper aux arbres, quelque chose.

Quelqu’un peut-il m’aider? “


Pourquoi vendons-nous des images?

On a beaucoup parlé, il y a quelques années, de l’anorexie dans le monde du mannequinat, des terribles méfaits sur les modèles elles-mêmes, certaines en sont mortes, et sur le public de jeunes filles en particulier, atteintes dans leur corps adolescent par un idéal urbain et fantomatique. Certes, on explique en psychiatrie que l’anorexie est une pathologie qui concerne le lien maternel,  certains pays n’en ont pas moins choisi de légiférer contre cette aberration – mais l’influence mortifère perdure, insidieuse.

Des travaux similaires ont lieu, dans le domaine de la discrimination notamment. Raciale ou sexiste, des discours sociologiques et politiques viennent fissurer les idées reçues, travailler les préjugés. Et cela marche. Comment expliquer autrement le grand changement au sein de la famille et du couple-tous ces hommes qui pouponnent, à notre grande joie-?

Cependant, il est un domaine où nous continuons de véhiculer honteusement de fausses images: celui de l’amour.

Aléas d’une recherche Internet, je tombe sur une bande-annonce d’un film prochainement sur nos écrans. Matt Damon défie une bande d’hommes en noir, chargés de veiller à la marche du monde, qui lui interdisent de revoir une femme rencontrée par hasard, vouée,  selon leurs plans,  à d’autres destinées.  Mais Matt, en bon Occidental individualiste et libéral, se révolte comme il se doit et choisi son destin, à savoir elle, au prix de séquences d’action acharnées.

C’est bien ficelé évidemment, et je n’ai jamais rien eu contre les films hollywoodiens.  Mais là, ma réaction c’est: non! Je n’irai pas voir une fiction qui, à nouveau, m’induira en erreur. L’erreur du grand amour.

Est-il besoin de le démontrer? Nous vivons de grands récits, de génération en génération. Et les nôtres, sont, massivement, cinématographiques. Je ne prends certainement pas pour argent comptant chaque film que je vois, mais l’ensemble forme un savoir qui s’imprègne, une vision du monde que j’assimile, en partie à mon insu. Curieux, non? Les scénaristes écrivent des histoires inspirées de fantasmes collectifs, et celles-ci viennent  matérialiser leur existence chez des millions d’individus qui à leur tour produiront des rêves, récits et modèles de vie sous influence.

Rob Epstein et Jeffrey Friedman montrent dans Celluloid Closet (1996) comment  la longue absence d’histoire d’amour homosexuelle dans les films hollywoodiens a empêché toute une génération gay et lesbienne de s’autoriser à penser sa sexualité comme normale.

Or, si les histoires sentimentales hétéros fleurissent au cinéma, de quelles histoires s’agit-il donc? Quelle réalité de l’amour nous dépeint-on?

Une réalité figée, idéologique. Il l’a vu, elle s’est retournée, leurs regards se sont croisés, terminé.

Bien pire ensuite: ils vivent ensemble et que se passe-t-il?  Feu d’artifice, fous rires, et sexe démentiel à tous les étages. Enfin, en général, on ne va pas jusque là, on en reste à avant le mariage.

Bien sûr, Hollywood n’est pas réac, des comédies ont été faites sur l’adultère, le divorce, la fameuse seconde chance, ah et n’oublions pas l’amour au troisième âge, les seniors d’aujourd’hui ne sont plus ce qu’ils étaient!

Mais qui nous parle de la haine dans l’amour? Des matins où l’on se lève et où l’on vomirait bien sur son conjoint? Qui nous parle de l’envie de partir, allez on y pense si souvent, mais personne ne le dit! Qui nous parle de l’amitié qui en définitive crée le couple et le cimente; qui nous parle des négociations bien plus proches du monde des affaires que de celui des contes de fées? Qui nous dit, surtout, que l’amour n’est absolument pas tout, c’est même le contraire, n’avoir que son partenaire dans la vie, c’est le début de la fin assuré. Qui nous dit  que les papillons dans le ventre sont une illusion biologique, qu’en aucun cas ils ne désignent une relation de choix. Qui nous dit, enfin, que l’amour n’est pas un film destiné à rendre l’existence plus supportable,  à nous rendre passif et spectateur de nos propres vies, puisque ça y est je l’ai trouvé, c’est la paix, j’en ai fini avec mes errements de célibataire, remarquez c’était bien sympathique aussi, mais enfin rien ne remplace le joli nounours que j’ai trouvé pour me tenir chaud la nuit. Maintenant, je n’ai plus à m’inquiéter de rien, nous resterons ainsi, jeunes, beaux et amourachés jusqu’à la fin de nos jours.

Certains se récrieront, tous les films ne sont pas aussi bêtes, voyons, et puis, de plus, quel mal y-t-il à s’évader un peu au cinéma? Ceux-là ont peut-être eu la chance d’avoir un exemple réussi à la maison, ils savent de quoi il en retourne pour de vrai, alors oui, un peu de poudre au yeux, pourquoi pas, cela distrait.

Mais qu’en est-il de tous les autres, si nombreux? C’est exactement comme pour le culte de la minceur: pour le petit pourcentage de femmes fondamentalement bien dans leurs corps, à qui l’on a enseigné l’amour de soi et de sa singularité, combien, pétrie d’incertitudes, sont un terrain de réception privilégié pour toutes ces images de fausse perfection?

Combien d’histoires douloureuses, d’ex-enfants tristes qui puisent dans la culture ambiante pour se forger un idéal d’amour impossible à atteindre puisque faux? Et c’est une machine bien huilée, à la ville, les acteurs vivent les histoires romancées des écrans, la musique le chante, une certaine littérature le loue…. l’amour passion, l’amour drogue, la solution finale – et la connotation morbide est à dessein – à l’ennui, au vide existentiel, le déni de la responsabilité individuelle si incroyablement exigeante, la pilule miracle, le remède.

Pourquoi nous vendons-nous ces images, si éminemment mensongères?

Pourquoi nous faisons-nous ce mal-là?

Quelles années perdues! Quel travail de deuil!

Je voudrais que nous arrêtions la conspiration. Je voudrais que nous produisions des récits de qualité, qui nous préparent à la vie, nous mettent du courage dans le coeur et du bon sens dans la tête.


Patience

Patience mon amour

Patience mon ange

Tu t’agites et tu te tourmentes

Cette vie, tu l’as déjà vécue mille fois en rêves

Et tu voudrais les juxtaposer

Immédiatement.

Tu cavales au loin parmi les idées

Comme si l’on pouvait balayer d’un geste de la main les détails, les contretemps, les intempéries.

Mais le monde est autre

Le monde te demande de la patience

Le monde a quelque chose à t’apprendre

Sinon, pourquoi être advenue ici-bàs

Tu pouvais rêver à tout cela dans les limbes.

Mais tu es là, c’est désolant parfois

Cela ne marche pas comme au coeur de tes synapses

Aussi vite, aussi idéalement.

C’est le contraire, même

Tu en as la nausée parfois

Tant tout cela obéit à des lois que tu voudrais fièrement ignorer

Le temps et l’attention pour que l’amour fleurisse

Pour que le travail porte ses fruits

Pour s’ouvrir.

Accepter que tu n’est pas un programme qui n’aurait qu’à se dérouler sans heurt;

Tu es une possibilité

Lancée dans un méandre sublime

Et si tu veux bien avoir la patience, cher ange

Te prendre le temps de goûter cela

De regarder autour de toi

D’aimer un monde qui n’est pas celui de tes rêves

Ou de travailler à ce que celui-là le devienne aussi

Sans t’obstiner, sans t’impatienter

Sans t’affoler

Regarde cette lumière

Tu ne l’as encore jamais vue, tu ne la verras plus jamais ainsi

Tu es un point de tension entre l’action

Et la contemplation.

Tu es un instrument qui a sa vie propre

Et se laisse traverser tout à la fois

Par plus élevé que lui.

Tu es à la fois tout et rien

Aimes cela

Fêtes cela

Patience mon amour

Patience mon ange

Patience.


La ville indolente

1. Je vis à Tel-Aviv.

2. Je ne lis pas les journaux en hébreu (Ca m’embête de passer une heure sur un article).

3. Je n’ai pas la télé.

Bref, je ne suis pas l’actualité israélienne pour un sou, ou seulement sous son jour français, à travers les quotidiens sur Internet.

Cependant, je travaille tous les jours avec une dizaine de personnes, et écoute une bonne cinquantaine  de conversations à chaque service. L’on pourrait croire que les infos arriveraient jusqu’à moi.

Pas du tout. Mes compatriotes parlent de Facebook, de la nuit dernière, du boulot. On se croirait en Suisse. Occasionnellement bien sûr, quand il s’agit de catastrophes nationales, comme cet incendie qui a ravagé les montagnes du Carmel, au Nord du pays il y a un mois, alors les langues se délient pour ne plus s’arrêter, des torrents de compassion recouvrent la ville, une seule et unique voix déplore la tragédie.

Du procès de Moche Katzav, ancien Président, jugé coupable de viols et d’harcèlements, rien.

De la démission d’Ehud Barak du parti travailliste , rien.

Du Palestinien tué ce matin, rien.

Du processus de paix en berne, rien.

De la reprise des constructions dans les colonies, rien.

Rien, rien, rien.

Ne parlons pas de ce qui fâche? On dirait que les Israéliens ont fait leur cet adage pourtant si contraire à leurs manières de sauvages.

Car gueuler, ils savent faire. Réclamer, râler, menacer quand quelque chose ne leur convient pas, je les vois faire tous les jours et j’entendais ma directrice américaine se plaindre  récément de ces procédés si peu polissés. Je l’ai déjà écrit ici, ne pas faire de vagues est la dernière chose que souhaite l’Israélien de la rue, au contraire, une petite joute journalière, ca vous maintient en forme.

Alors, pourquoi? Pourquoi ignorer, passer à côté, se taire?

Des Français, on dit qu’ils sont déçus de la politique. Que leur jeunesse ne s’y intéresse plus. Et pourtant à chaque année scolaire sa grève, c’est comme la mode, contre quoi proteste-t-on cette année? On peut arguer qu’il s’agit d’un sport national. Ainsi, l’un de mes professeurs de psychologie: “Vous amenez votre parente israélienne à la manif? Il faut qu’elle voie ça, avec le béret et la baguette, c’est la spécificité française!”

Mais au moins, dans ce pays où l’on apprend la réthorique depuis la Seconde, on sait se mobiliser pour défendre ses idées. On éduque ses enfants en les amenant aux défilés, on débat dans les facs. On manifeste même pour les autres, c’est dire -souvenons-nous du Tibet, de la guerre en Irak, des manifestations pro-palestiniennes.

Des Israéliens, on dit qu’ils savent se battre, les gens survivent à des conditions difficiles, la jeunesse travaille vingt fois plus et se démène pour financer ses études, la difficulté ne fait pas peur, elle stimule. Alors pourquoi tant d’énergies restent muettes devant l’actualité, devant le conflit qui est l’un des enjeux les plus brûlants de notre époque?

Ytzak Rabin a été assassiné il y quinze ans. Avec lui, s’est éteint, on l’a souvent dit, le grand espoir pour la paix qu’Israël ait connu.  Mais ma génération avait dix ans.  Que se passe-t-il depuis? A la commémoration en son honneur, sur la place à son nom, au coeur de Tel-Aviv, le public est bleu. Bleu comme la chemise du mouvement de jeunesse Hanoar haoved vehalomed, l’une des seules organisations socialistes et sionistes qui perdurent encore, et qui fait un travail d’éducation et d’acculturation dans tout le pays. Le souvenir de Rabin est primordial dans leur pensée, ils sont donc là en masse. Où sont tous les autres? Les étudiants, les jeunes familles, les personnes âgées?

Il y a une chanson israélienne, Nous sommes les enfants de l’hiver 1973 qui pleure les espoirs perdus de la génération née juste après la Guerre de Kippour à qui leurs parents avaient promis que ce ne serait plus jamais pareil. Non seulement, ils sont nés dans la tristesse, mais rien n’a changé depuis.

Pourquoi rien ne change? Pourquoi cette génération ne se révolte pas contre une situation intenable?

Je ne dis pas que tous sont pour la paix, loin de là. Mais qui souhaite vraiment donner trois ans de sa vie à l’armée? Qui souhaite vivre dans un pays constamment en danger, élever ses enfants dans la peur? Qui souhaite être haï de tous, investir la majorité de son budget dans la Défense ?

Les Israéliens savent faire la fête, ils font même la  fête pour les autres, c’est dire  - il fallait voir danser les gens sur les tables pour le Nouvel An, qui n’est pas une fête juive, rappelons-le. Ils savent pleurer aussi, et s’unir dans la compassion. Alors, qu’en est-t-il du reste? Des autres émotions sur la palette?

Je n’ose pas demander où est leur compassion pour les Palestiniens qui vivent si mal à quelques mètres de chez eux. J’ai entendu des justifications sur ce thème jusqu’à la nausée.

Je demande seulement où est leur colère, leur indignation.

Où est la protestation contre des colonisations entretenues par des théories religieuses d’un autre âge, où est la protestation contre un gouvernement qui se moque ouvertement des institutions internationales, où est l’envie d’en finir, enfin?

En lisant les déboires de Berlusconi, l’horreur de la guerre en moins, on se demande à peu près la même chose sur les Italiens. Passionnée, la Botte? Pourquoi ne l’a t-on pas renversé depuis longtemps, ce vieux dégueulasse? Ce n’est pourtant pas difficile, dans sa situation précaire, il ne tiendrait pas deux jours face à la rue. Alors, que font-ils, ils mangent des pâtes?

Pendant ce temps-là, les Tunisiens se soulèvent contre leur dictature, l’Iran explosait l’année dernière. Que se passe-t-il pour qu’un peuple décide qu’il en a assez? Que quelque chose s’embrase dans l’opinion?

Triste pays, vraiment, triste ville que Tel-Aviv où l’on peut manger, danser, faire ses courses à toute heure du jour et de la nuit, où l’énergie de la fête explose continuellement, à même la rue, où l’on vit sans frein, librement et pourtant où l’on s’indigne du bout des doigts, politiquement correct, pour la cause gay et le bien des animaux. Et, pendant ce temps-là, les gens meurent, des deux côtés, de génération en génération.

Blindés, les Israéliens?

Certainement.

Irresponsables ?

Terriblement.


Papa marionette

Il se voit comme une figure dans l’ombre, tirant les ficelles de sa poupée. Il ne l’a pas mise au monde, il ne l’a pas nourrie au sein,  il ne lui pas non plus changé les couches, et puis, il y a eu un moment où il a même disparu de son quotidien. Mais qu’il soit damné s’il ne la crée pas. S’il ne l’a fait pas de toutes pièces. S’il ne dirige pas les ficelles de sa vie.

Sa fille, c’est  la femme qu’il n’aura jamais. Celle qui n’a pas de passé en dehors de lui, celle qui est à l’image de l’épouse, mais forcément mieux, puisqu’il y a mis du sien aussi. Celle qui ne rivalisera pas avec lui comme un fils, mais dont il sera fier. Celle dont la beauté flattera sa vanité, qu’il admirera presque comme une femme en admire une autre, à la mi chemin entre l’identification et la convoitise. Celle dont la possession lui sera enviée par les autres mâles de sa génération. Les regards de ceux-là, il les accepte, il en tire un hommage personnel; les regards des plus jeunes, il s’en amuse, il les comprend, les tolère.

Sa fille, il la voit grandiose. Présidente, avocate, directrice générale. Il ne laissera personne en dire moins, et surtout, il voudra qu’elle répare les erreurs, toutes les erreurs. Celles qu’il a commises avec sa mère, celles des hommes envers leurs femmes en général. Il la protège, alors, de tout. Du passé surtout. “Quand tu auras 42, divorcée, avec deux enfants!”. C’est toute sa souffrance envers la condition de sa mère, de ses soeurs, des femmes qu’il a aimées qu’il voudrait lui épargner. Il veut qu’elle soit forte, il l’imagine encore dans un monde d’hommes, il transfère sur elle les rivalités du terrain de sport, il veut qu’elle soit comme les femmes de son âge qui ont su s’imposer, celles qui lui en ont bouché un coin. C’est comme ça qu’il la rêve sa fille, en reine du monde, mais reine de son monde à lui.

C’est un amour tendre, terriblement profond, possessif. C’est un amour qui répare l’amour d’une mère, qui est léger, caustique, amoureux parfois. C’est un amour violent aussi, qui fait trembler les murs avec ses querelles. Comment?  Ma marionette m’échappe! Ma fille, mon trésor, ma fierté en fait à sa tête? Ma fille, ma tendre fille, s’expose à des dangers, courre le monde, prend des décisions réfutables, sort des sentiers battus, de mon itinéraire, le mien, celui que j’ai tracé millimètres par millimètres dans ma terreur qu’il lui arrive quelque chose, que la vie lui donne les mêmes coups qu’à moi, que l’univers avec qui j’aie des comptes à régler, moi, parce qu’il aurait pu mieux s’y prendre tout de même, s’attaque à mon ange innocent, et un peu bête -ah, si je pouvais lui donner directement ma cervelle d’homme mûr, on en aurait fini avec ces histoires.

Un père au singulier, des pères au pluriel…. Celui de mon grand-père lui a interdit d’embrasser le métier qu’il voulait, paysagiste, parce que ce n’était pas un métier de juif dans l’Allemagne des années trente.  Alors Papi a quitté la maison, claqué la porte, et pris le train pour son école. Et mangé une saucisse au porc à la gare, na. Et pensé pendant tout le chemin que le train allait  en dérailler…

Est-ce parce qu’ils ne les conçoivent pas dans leur chair? Qu’ils ont été nombreux à méconnaître le quotidien le plus trivial des enfants? Combien de pères fantasment ainsi leur progéniture!

Il est dit en psychanalyse que le père introduit l’enfant dans la dimension symbolique, en lui donnant un nom, en le situant dans une lignée, et surtout en forçant sa mère à se détourner quelque peu de lui, et donc l’oblige à penser, lui, petit être, à mettre de l’imaginaire là où il n’y avait avant que fusion maternelle et satisfaction de tous les besoins.

Peut-être avons-nous besoin de ces rêves d’un père pour ses enfants, peut-être que c’est ce qui nous insuffle grandeur et ambition. Le fil qui nous guide, la barre que nous plaçons haut. Et  Dieu serait ainsi un père métaphorique pour tous ses enfants, une haute entité qui nous tirerait vers le meilleur de nous-mêmes.

Peut-être aussi que nous enfants ne seront plus ceux que nous avons été, puisque que les pères changent. Puisque nos maris, frères et cousins se mettent eux aussi à poupouner, à changer, à bercer, à consoler. A aimer au quotidien, et dans la douceur. Doit-on pousser un être, rêver pour lui afin qu’il s’accomplisse? Un enfant n’a-t-il qu’à devenir ce qu’il est? Est-ce un processus naturel?

Car s’il est certain que des milliers de patients racontent à longueur de divan, dans l’amertume et la rancoeur, comment  ils sont encore empêtrés dans ce que l’on a voulu pour eux – oui, pourquoi pas me marier, dit mon amoureux, ce qui est sûr c’est que cela satisfera  mes parents!  - est-il aussi certain de ce que nous serions sans cela? Sans cadres, sans fantasmes, sans désir de mon père, de ma mère, que je sois médecin, psychologue, avocate internationale, quelque chose enfin, avec tes capacités bon Dieu!

Quest-ce qui est meilleur pour un potentiel? D’être bloqué, empêché pour mieux jaillir avec force -ainsi Hannah Arendt pense que l’éducation se doit d’être conservatrice afin de favoriser l’esprit de contestation- ou d’être encouragé dés le départ?

Je n’ai pas de réponse. Et j’ignore tout de la parentalité, des choix que je devrais faire, à mon tour.

On dit que les contes sont destinés à raconter les difficultés de la vie aux enfants.  Peut-être veut-on  ainsi parler des rêves des parents pour leurs enfants quand on leur raconte que les fées viennent se pencher sur un berceau? Parfois ce qui est accordé est un cadeau, parfois c’est un sac de pierre.

Mais en tout cas, quelqu’un a pensé, rêvé, tremblé pour moi dés le début de ma vie. Et ça, empoisonné ou pas, c’est un cadeau.


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